Midwest (2/2) - Fermiers en plaine américaine

La traversée du Midwest à vélo bien qu'atypique se fait de rencontres, de constats en bord de route et d'arrêts dans les fermes. Aux travers des champs de maïs, d'arrêt dans les fermes et de rencontres en jardins urbains, nous découvrons ce qu'aujourd'hui sont les fermiers du midwest.


Constat et récit de rencontres entre monoculture et dynamique de fermes urbaines et locales.


Monoculture producteur d'essence

Traverser un pays à vélo, c'est observer 80% de son temps les pratiques agricoles des bords de routes. Le Nevada, l'Utah, le Colorado, étaient peu propices à l'agriculture de par la rudesse de la nature ou des reliefs (Voir Article - Traversée du Haut désert), mais après avoir franchi les Rocheuses (Voir Article - Par les sommets de l'Amérique), ce sont les plaines du Midwest qui s'ouvrent devant nous. 2000 kilomètres de terres agricoles à traverser et à observer.

 

Ce qui nous interpelle dès les premiers kilomètres, c'est l'immensité de l'étendu des cultures. Des champs à perte d'horizon avec si peu d'arbre et, étonnamment, si peu de bâtisses. Les seules qui s'érigent dans les chemins agricoles sont le plus souvent vides et nous trouvons portes closes lorsque nous nous y arrêtons pour demander de l'eau ou un coin pour camper.

Au pied des éoliennes, succession de monocultures
Au pied des éoliennes, succession de monocultures
Entre champs de maïs
Entre champs de maïs
Et fermes intensives bovines
Et fermes intensives bovines

C'est qu'ici, les monocultures sont immenses et on ne s'y aventure qu'en haut de la cabine de son tracteur ou de sa moissonneuse-batteuse. Des monocultures de blé mais surtout et très majoritairement de maïs et de soja. Des milliers de kilomètres de maïs et de soja, paysage qui se perpétuera jusqu'à Montréal...

 

Face à ces monocultures, le sentiment est le même que face aux monocultures de palmiers en Malaisie (Voir Article - 500 km entre huile de palme et forêt primaire): qu'est-ce qui pousse les hommes à cultiver des étendues de maïs où si peu de vie persiste?

 

On pourrait penser que c'est pour produire toujours plus de nourriture pour palier à l'explosion démographique, où du moins nourrir les bêtes, production répondant à notre besoin excessif de viande (Voir Article - Végétarien pas pour rien). Mais non! A discuter avec nos chauffeurs (Voir Article - Les cyclo-stoppeurs), le constat est plus alarmant... Tout se maïs, tout ce soja, produit majoritairement de l'éthanol et de l'huile qui seront dilués dans l'essence des voitures, des camions et des machines américaines!

L'armada de machines pour affronter les terres hostiles de la monoculture
L'armada de machines pour affronter les terres hostiles de la monoculture

Quel difficile constat. Des machines qui produisent de l'essence pour des machines... La loi de l'argent où le fermier n'est plus qu'un "gérant" de ses terres contrôlées par des investisseurs et où pousse seulement ce qui rapporte le plus. On voit donc aussi, selon cette même règle, pousser des puits de gaz et de pétrole au milieu des champs...

 

Mais alors, où sont les fermiers? Qui fait pousser des légumes ou du moins des céréales, nourriture de base de tout humains depuis des siècles? N'y a-t-il pas d'autres exemples à suivre, des fermiers inspirant et acteur dans une société d'échange et de solidarité?


Terre de liens en Iowa

Notre première belle rencontre fermière se fait en Iowa, le temps d'un week-end que nous passons chez Suzan, une activiste aux jardins depuis longue date. Venus pour son jardin, la pluie nous amènera surtout à échanger autour des idées et et de l'agriculture au USA.

 

Et en voilà une bonne idée. Dans la lignée de Terre de liens (Voir Article), Suzan et son mari sont les fondateurs d'une association qui tend à acheter ou à "récupérer" des terres agricoles afin de s'assurer que des fermes locales et saines s'y implantent (Sustainable Iowa Land Trust). L'association met ainsi à disposition des terres à des fermiers souhaitant produire des fruits, des légumes, des céréales de façon respectueuse de l'environnement et dans une dynamique d'économie locale.

 

Et la réponse et là. En seulement 6 mois  d'existence, plusieurs héritiers, fermiers bientôt à la retraite ou idéo-activistes sont prêts à donner leur terre pour voir ce projet naître. Alors, jeunes fermiers des Etats-unis, rendez-vous en Iowa :)


Detroit , urban roots

Nous entrevoyons, le temps de quelques jours, une seconde dynamique intéressante lors de notre passage à Detroit. Fleuron de l'industrie automobile lors des belles années de Ford et Général Motor, la ville à subit de plein fouet la crise automobile des années 70 pour laisser à l'abandon des milliers de maison inhabités et de bâtiments industrielle.

 

Face à la crise, comme souvent (Voir Article en Grèce), la population locale s'organise et revient aux premiers principes de la vie: produire sa nourriture! 

Easter market, le marché des producteurs locaux de Detroit
Easter market, le marché des producteurs locaux de Detroit
Notre récolte aux jardins de Brother Nature
Notre récolte aux jardins de Brother Nature
Spaulding court, la renaissance à l'image de la ville
Spaulding court, la renaissance à l'image de la ville

Depuis plus d'une dizaine d'années, la ville se pare de jardins urbains. Les vastes terrains vagues voient grandir des fermes et les habitants se constituer en association pour produire légumes et autres condiments.

 

Un très beau témoignage de cette belle dynamique est développé dans ce documentaire "Urban roots" dont je recommande le visionnage pour quelques dollars.

Nous faisons personnellement l’expérience lors de notre passage à Detroit, d'une livraison au marché d'Eastern Market, de récolte dans le jardins de notre voisin Brother Nature et de la dynamique de renaissance des quartier de Detroit autour des jardins et d'une solidarité donnant à la ville une toute nouvelle dimension pleine d'espoir, d'un espoir fertile! 


Conclusion et bien-être

Bien sûr, notre traversée est brève et il serait prétentieux de tirer des conclusions sur la dynamique agricole aux Etats-unis. Ce sont de simple ressentis, l'expérience de lieux entre incompréhension face à une agriculture qui ne produit plus de nourriture tout en consomment nos réserves naturelles et le bien-être de se sentir part d'une dynamique locale, urbaine ou campagnarde, où le travaille aux champs et aux jardins contribue au bien-être de la communauté.


Face à cela, notre choix est rapidement fait. Nous choisissons la cueillette, les levées matinales aux champs au profit de la vie, de la vie locale et de la vie de toute une communauté.


Et donc, pour finir, quelques sourires de cette belle vie dans la ferme de famille de la soeur de Victoria ;)



A BIENTÔT AU CANADA!




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