548 jours de peregrinations a velo entre la France et la Malaisie

Lors de mon départ, une journaliste titrait "Un tour du monde à vélo en 548jours", je ne me doutais pas que ça serait au jour près le temps qu'il me faudrait pour atteindre la Malaisie. 548jours passés pour la moitié sur ma bicyclette, souvent en bonne compagnie, et  dans les fermes ou à visiter le monde pour l'autre moitié.


548 jours à observer le monde et à en faire l'expérience. 548 jours de pérégrination sur un bicyclette ;)


16 000km, la Malaisie!

Si les premiers six mois, je ne me sentais pas parti, depuis un an et depuis l'Inde surtout, je suis bien parti. Je ne suis plus chez moi, ma maison, mon chez moi se monte et se démonte chaque jour.

 

Au gré du vent, celui qui vous pousse mais surtout celui qui vous freine à vélo, j'ai atteint la Malaisie. Voilà un rêve réalisé qui m'appartient désormais. Il paraissait si lointain et pourtant la continuité cheminée à bicyclette rend ces pays si proche de nous, car nous sommes en réalité tous voisin les uns des autres.

 

Au fil du trajet, avec l'expérience, les distances semblent plus aisées et pourtant chaque nouvelle journée à vélo me rappelle par l'effort qu'il faut pour pédaler que chaque kilomètre se mérite et qu'il faudra le plein d'énergie pour continuer.

 

16 000km à vélo et quelques milliers tout de même en train, en bus ou en avion dans les cas extrême. Souvent poussé par le temps d'un visa, la rencontre d'amis, ou l'impossibilité diplomatique ou naturelle. Tous ces kilomètres à observer, cogiter, interagir et oeuvrer, alors forcement, ça mène à quelques réflexions. Elles ne sont issues que d'un simple cycliste voyageur mais peut-être qu'elles toucheront certains d'entre vous, alors les voici.


L'amour des autres

Tout commence par un sourire. Celui d'un homme sur sa bicyclette, celui d'une femme dans les champs, ceux des enfants qui jouent. Ils sourient tous à cet étranger et son lourd fardeau à deux roues. Le sourire est réciproque, comme la joie nécessaire pour continuer à pédaler. La transmission par un sourire d'un "je t'ai vu, nous sommes tous les deux là à partager ce moment sur cette terre".

 

Le sourire est à mon sens la première expression de l'amour pour l'autre. Le partage d'un bref moment par l'expression de la joie, un premier "je te souhaite du bonheur".

 

Puis viens parfois les échanges. Par les gestes ou par la voix. L'envie de comprendre l'autre, qui il est, d'où il vient, qu'est ce qui l'anime dans la vie. C'est toujours le partage qui nous pousse. Mieux connaitre pour se retrouver ensemble au sein d'une idée, d'un sentiments, d'un motivation. Par cette compréhension, l'amour de l'autre se développe et s'exprime dans l'aide que chacun peut apporter à l'autre pour être heureux.

 

Souvent ça s'arrête sur de bons voeux, "bon voyage", "bonne chance", "bonne route", sentences qui elles-seules me rendent déjà heureux. Et parfois, l'amour s'exprime plus amplement. L'ouverture de sa maison pour la nuit afin de partager un plus long moment, l'aide précieuse d'un bon mécano, le partage d'un bon repas, la visite de sa région ou plus sublime, la connexion mentale qui rend toute communication si aisée.

 

Chacun de ces moments partagés est selon moi l'expression de l'amour que chacun a pour l'autre, le souhait de rendre heureux.

 

A vélo, on le croise régulièrement. Et même si à force d'incessantes questions répétitives on s'en lasse parfois, il faut savoir le rendre du mieux qu'on peut, à chaque instant: le sourire, l'échange, un bon repas, quelques bons mots, des idées ou une journée de visite. Voici le quotidien d'un cyclo-voyageur heureux par et pour l'amour des autres.


Vers quel développement ?

De la France que je connais à la Grèce que l'on dit en crise en passant par la Turquie qui booste son économie, l'Iran cloîtré dans ses frontières, l'Inde foisonnante, la Birmanie qui réprimande puis la Thaïlande touristique et la Malaisie que je vais découvrir, les exemples de développement ne manquent pas. Mille façons de voir le monde qui questionnent le futur.

 

 On a l'habitude de dire "en développement" ou "sous-développé" mais ces notions ont elles encore un sens quand nos modèles peuvent aujourd'hui être largement remis en cause? Alors je me questionne, quel "développement" serait  souhaitable pour nos sociétés, pour ces sociétés?

 

La première notion que j'ai appris à relativiser et la notion de pauvreté. Elle n'est vraissemblablement manifeste que dans les villes. Je n'ai jamais constaté quelqu'un souffrir de la faim dans les campagnes comme je l'ai vu dans les ville. La vie s'y fait simplement plus lentement. On y vit et on y apprend par ce que la nature nous donne. On perpétue, même s'il sont mis à mal ou ont parfois leurs effets néfastes, les savoir faire et les traditions des générations passés. Je n'y ai jamais vu de la pauvreté.

 

En Iran, les champs sont un refuge où on aime y trouver le calme. En Inde, même si le poids de sa condition se fait sentir, on l'accepte et on perpétue ces traditions. L'exemple le plus marquant fut les campagnes de Birmanie,où les sourires et la douceurs de la vie donne aux vies dans les campagnes une atmosphère apaisée où ils semblent faire bon vivre.

 

Bien sur, ces images sont à travers mes yeux. Car je le sais, beaucoup iront vers une vie citadine, rêvant de grosse maison et de belles voitures, mais on y revient. Qui a vraiment été comblé par ce modèle.

 

Le choc le plus marquant a été le passage du Myanmar à la Thaïlande. Deux modèles de développement à l'opposé l'un de l'autre. En Birmanie on parcourt les petites routes où la paysannerie existe toujours, où les charettes à cheval ont leur place. Une campagne traditionnelle comme en Inde. De cela, dès la frontière, on passe en Thailande au tout routier où les 4 voies font légions et où chacun est au volant de son gros pickup. Les échoppes de rue, même si elles existent toujours en Thaïlande. Sont concurencees par les grandes surfaces et la folies de 7eleven présents à chaque coin de rue et ne vendant que des snacks.

 

Où est le modèle le plus pertinent dans tout cela. Peut-être entre les deux? Dans les ferme où j'ai vécu? Là où on tente de perpétuer les savoir-faire de la paysannerie tout en profitant des nouvelles connaissances du monde. Celles où l'ont produit une partie de sa nourriture simplement avec ce que la nature veut bien nous donner. En rêvant dans son simple logis à nos jardins florissant et en partageant avec nos voisins et notre communauté les connaissances, les pratiques de chacun et les plaisirs qu'offre la vie. Est-ce vraiment utopiste s'il ont peut réussir à vivre ainsi en équilibre et en échange avec nos sociétés modernes?

 

Même s'il est silencieux, j'espère que ce modèle fait pour s'adapter aux cultures et aux traditions de chacun se développera toujours plus autour de notre planète pour offrir une autre voie à ceux qui souhaite l'emprunter.


Zone à risque (Nord est Inde, Birmanie, nord Malaisie)

Elles sont dans les bouches de chacun avant et après mon passage comme longtemps dans ma tête pour les planifier. Je parle des régions encore dit "à risque" dans notre monde. Si j'ai survolé le Pakistan et l'Afghanistan, le Nord-est de l'Inde et la Birmanie sont encore mal vues.

 

Nous n'avons jamais été mis face aux faits, ni mis en danger dans ces régions mais nous avions bien senti parfois qu'il s'y passait quelques choses. Dans le nord-est de l'Inde, la méfiance des paysans à notre passage fut étrange. C'est un sentiment que je n'avais pas connu auparavant, et dû surement aux tueries de guerre de territoires cultivables que nous lirons dans les journaux par la suite. Les journées de fermeture des magasins qui s'en suivent par soutient ou encore les contrôles incessants des militaires à la frontière avec la Birmanie nous montreront aussi que tout n'est pas encore serein. Bien sûr, la situation tend à s'amélioré beaucoup de ces états du nord-est sont dorénavant ouverts aux étrangers et nous les avons traversés sans problème. Chacune de nos rencontres insistant pour nous montrer comme leur region était belle et leur peuple accueillant. Ce qu'il faut dire, fut vrai.

 

En Birmanie, la pression du gouvernement se fait sentir. Les échanges avec les étrangers sont limité. Tout est fait pour que ca arrive le moins possible. Certaines zones sont toujours interdites aux étrangers et on y relate quotidiennement lorsqu'on s'y intéresse les atrocité qui s'y passent.

 

Encore une fois sur les routes nous n'en avons pas fait l'expérience. Les sourire et la forte culture boudviste semblent faire régner la paix et notre traversée fut une très bonne expérience. Bien sûr, il a fallut se cacher dans les bois pour camper et échapper aux hôtels prohibitifs. Malheureusement, nous ne pouvions compter sur l'hospitalité des habitants, interdite par le gouvernement...

 

Ces zones à risques sont donc encore à prendre avec des pincettes. Il est rare qu'un étranger y soit mis en danger, trop médiatique, mais dire que tout est calme et que rien ne s'y passe serait un déni de conscience. Pour les franchir, il faut en être conscient.


Créativité et spiritualité

S'il y a une chose qui a fait son chemin dans mon esprit et que j'ai réalisé durant mon voyage et mes séjours dans les fermes, c'est l'importance de la créativité et de la spiritualité dans nos vie. Elles sont indispensables à notre équilibre et à la beauté que l'on transmet chaque jour.

 

La créativité j'en ai surtout fait l'expérience au contact des autres. Le besoin de s'exprimer, pour lequel parfois une image, un dessin artistique ou naturel, une pose, la musique, un acte sur scène a plus de sens que mille mots.

 

Je suis plutôt du genre à m'exprimer par les mots ou par les actes, mais mon voyage m'a montré que développer sa créativité selon tous ses sens permet de réaliser et de s'épanouir plus largement avec tout ce qu'offre la vie. J'aimerais pouvoir les développer. Chacune de ces capacités prends du temps qu'il n'est pas inutile de le prendre pour mieux s'exprimer.

 

La spiritualité a plus mauvaise connotation, on la lie trop souvent avec religion. Même si elle est bien presente dans bon nombre de religion, elle réside selon moi dans notre capacité à être conscient du monde qui nous entoure et du moment présent.

 

Elle passe par la méditation, la contemplation, la célébration de moment particulier de la vie ou encore humilité face aux autres et au monde. Je mélange peut-être plusieurs notion mais la spiritualité que chacun a en soi permet de mieux développer notre conscience du monde, de nos actions et de notre comportement envers les autres et l'environnement qui nous entoure.

 

Sur une bicyclette, la méditation et la contemplation sont constantes, dans les ferme la conscience de son environnement cruciale comme le partage de chaque moment avec ceux qui nous entourent. Par ces expériences,  j'aime à penser  que plus de spiritualité aidera chacun à trouver la paix.


"Comme il est essentiel de comprendre le monde que nous avons construit politiquement, économiquement, socialement, pour prétendre à renverser la manière dramatique des choses, nous devons aussi examiner la dimension subjective et poétique qui vit à l'intérieur de nous. Avant d'être le changement, notre monde ne doit-il pas être ré-enchanté? N'avons-nous pas besoin d'aimer et de le contempler pour trouver l'énergie pour prendre soin d'elle? C'est cet amour profond que j'appelle «symphonie de la terre", qu'au-delà des catastrophes réels et à venir alarmantes, me pousse à agir pour mettre en réalité des solutions. Parce qu'une écologie qui n'intègre pas cette harmonie universelle de la nature risque de se perdre dans un monde de phénomènes élémentaires, champ d'observation au préjudice de ce principe fondamental de la science spécialisée - prudement appelé «spirituel» - qui représente l'immense intelligence de la totalité du réel. Quand je vibre à la beauté de la création, c'est probablement cette symphonie qui touchent mon cœur et l'âme, symphonie où je suis moi-même un petit instrument révélant par mon plaisir, mon admiration, l'existence d'un ordre suprême que rien ne peut atteindre ou modifier."

- Mouvement pour la Terre et l'Humanisme, Pierre Rabhi



Le temps, si étrange notion

Le temps du voyage, tous ces moments qui se suivent et se superposent. Où une journée à profiter de l'instant à plus de sens que courir le monde durant des mois.

 

Bien sûr il faut prévoir, planifier, et c'est à la fois un moteur et un frein. Cela vous pousse à avancer et à ne pas stagner mais cela vous  empêche parfois de se laisser porter par vos envie ou des opportunités qui se présente.

 

Même si j'aime à croire que je suis un entre deux. Ma nature me pousse à prévoir et accomplir mes plans. Cependant, j'aimerai pouvoir dans un prochain voyage être totalement libre. Mais c'est peut-être une utopie car c'est en bougeant et en agissant que les opportunité se créer. Alors je me référé à mes lectures récentes:

 

"La Raison et la Passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme de marin. Que vos voiles ou votre gouvernail viennent à céder, vous ne pourrez plus que tanguer et aller à la dérive, ou vous maintenir à l'arrêt au milieu des mers.
Car la Raison, gouvernant seule, est une force limitée, et la Passion, livrée à elle-même, est une flamme qui brûle jusqu'à sa propre extinction."

-Le Prophete, Khalil Gibran



Quelle suite? L'Amerique!

Au bout du continent eurasiatique, comment revenir? J'avais dans un coin de ma tête d'aller jusqu'en Nouvelle-Zélande,  mais ça m'éloignerai encore plus. Alors, j'ai pensée rentrer à la voile jusqu'en Afrique puisque les marins vont dans cette direction. Mais 3mois en mer et quelques complications diplomatiques pour remonter le continent Africain à vélo m'ont dissuader.

 

Puis l'Amérique m'est venue en tête, histoire de boucler la boucle jusqu'en France. Le plaisir d'y revoir des amis et de pousser jusqu'à Montréal avant un retour en France. Je parle donc de l'Amérique du Nord, l'hémisphère sud attendra un prochain voyage.

 

6mois supplémentaire de voyage. Aux États-Unis puis au Canada. Histoire de confronter ces idées, de les consolider, et d'y voir aussi les initiatives qui y naissent. A suivre: Le Cycle de la Terre - Saison 2 - "Les jardins d'Amérique".

A tres vite dans d'autres ferme et continents!
A tres vite dans d'autres ferme et continents!

Écrire commentaire

Commentaires : 7
  • #1

    Gladys (dimanche, 19 avril 2015 13:12)

    Que te jambes continuent à t'amener là où ton cœur bat en harmonie avec les autres. Mon cœur t'accompagne et t'aime.

  • #2

    Fab B (lundi, 20 avril 2015 12:03)

    Quel philosophe ! C'est un réel plaisir de te lire !
    Continue de profiter et de nous faire profiter !
    La bise,
    Fab

  • #3

    NATHALIE G (mercredi, 22 avril 2015 10:31)

    Merci pour ces réflexions précieuses et qui gagnent à être partagées, discutées, réfléchies pour améliorer notre projection dans le monde et croire à d'autres choses que le défaitisme, l'uniformisation et le tout économique.
    C'est la preuve qu'un voyage à vélo donne une vision "hélicoptère" du monde.... et aide grandement à prendre de la hauteur.
    J'aime beaucoup la partie sur le temps, problématique si quotidienne et dévorante dans nos vies occidentales et la partie créativité: une vraie mine de réflexions pour tout à chacun.
    Merci beaucoup, j'ai la sensation de me décentrer un peu à chaque lecture de la newsletter dans des visions plus universelles. je freine (un peu) le temps en pensées en me nourrissant de ces reflexions...réflexioons que je vais emporter avec moi pour les poursuivre très sérieusement (avec moi-même!) dans une rando bretonne sur les chemins cotiers avec ma tente: je vais essayer de faire grandir ces questions...et les renforcer en modestes résolutions ....
    Bonne suite et des nouvelles encore!
    N

  • #4

    Philippe (mercredi, 22 avril 2015 14:56)

    Bonne continuation, j'attends la suite avec impatience.

  • #5

    Melanie (mercredi, 22 avril 2015 15:17)

    Great thoughts and reflections man.. We love you, enjoy Malaysia!

  • #6

    Elsa (mercredi, 22 avril 2015 20:51)

    Toujours un plaisir de te lire mon couz !
    J'ai toujours essayé d'imaginer: ça fait quoi de parcourir le monde pendant tant de temps ? (Si je puis dire :)
    Je crois que tu m'en as apportée des éléments de réponses...
    Bonne continuation en tout cas, tant sur le plan spirituel, personnel que dans ton exploration du monde.
    Je t'embrasse. Elsa
    (Tu nous manques qd même !!)

  • #7

    Claire et Alain (vendredi, 24 avril 2015 07:58)

    Merci Romain pour ce voyage que tu nous as fait partager en virtuel, cela nous fait avancer aussi, sans trop d'effort !!! Le vivre ensemble que nous pourrions tous appliquer, au moins par un échange souriant... Tu verras une partie de l'Amérique du Nord, une société parfois "sous-développée" bourrée de Mac Do, sans conscience... Qu'est-ce que le sous-développement ? A bientôt dans la Drôme ? Si tu boucles la boucle c'est là que nous pourrions te voir revenir... Bises et à bientôt