1000 kilomètres turcs (Partie 1) - Sur les bords et les montagnes de la mer noire

Au sommet de ces 700km
Au sommet de ces 700km

 

Des deux mois que je passerai en Turquie, j'ai entamé le plus dur: 1000 kilomètres à vélo sur la côte nord de la Turquie pour relier Narkoy (Voir article) à la prochaine ferme Ekodanitap à l'extrême Est de l'Anatolie.

 

Recits entremêlés sur les routes entre mer, cols et fermes.


700 premiers kilomètres

Depuis le début de mon voyage, c'est la plus longue période seul à vélo que je m'apprête à vivre. Avant de m'élancer, je suis entre la peur et l'excitation. Le relief sera-t-il clément avec mes cuisses? Quel accueil de la population dans les villages pour mes campements?

 

Pour le relief, je sais que les bords de la mer noire sont plutôt vallonés et je m'attends à monter-descendre. Tandis que pour les rencontres, on me conseille de consulter le "mouktar" (sorte de maire de chaque village) et de préparer un bout de papier expliquant mon voyage car même en y mettant ma bonne volonté, leur accent viendra vite à bout de mes quelques mots en turc.

700km entre Kerpe et Samsun, une première moitié de la Turquie / Dénivelés associés
700km entre Kerpe et Samsun, une première moitié de la Turquie / Dénivelés associés

Collines et noisetiers

Lors des deux premières étapes à vélo, j'ai la chance de m'élancer sur les petites routes de Turquie, ce qui sera trop peu souvent le cas (voir plus bas). Même si sur le parcours de beaux petits raidillons me font souffrir, je contemple avec joie pendant une demi journée ces collines vertes des milliers de noisetiers plantés par l'homme.

 

Je n'avais jamais compris pourquoi chez moi les noisetiers, que nous laissions pourtant s'épanouir, ne donnaient aucune noisette. La réponse est devant mes yeux, les branches sont ici, comme pour tout arbre fruitier, taillées. Et taillées à hauteur d'homme, 3-4m maximum.

 

Dans ce vert clair, les quelques arbres blancs ou roses ressortent du paysage et les villages surplombent ces couleurs.

Sous bois de noisette
Sous bois de noisette
Les villages au vert de noisetier
Les villages au vert de noisetier
Reveil valloné pour les cuisses
Reveil valloné pour les cuisses


Navires noirs

Sur la route vers Zonguldak (voir carte ci-dessus), je longe la côte et passe tout près du chantier naval d'Eregli. Sortis de l'eau, les paquebots que j'ai déjà pu observer dans le détroit du Bosphore sont immenses. Mis à nu, ils arborent cette couleur rouille. Posés à deux pas de la chaussée, mon vélo est miniscule à côté de ces monstres des mers. Qui sait, peut-être que l'un d'eux arrivera aussi en Malaisie dans un an?

 

Zonguldak est coincé dans une vallée donnant sur la mer. Par beau temps, comme le jour de mon passage, une brume de pollution submerge la ville et son littoral. Arrivée dans les hauteurs, la vue à de quoi surprendre. Je ne resterai pas bien longtemps dans cette brume urbaine pour m'échapper vers l'intérieur des terres montagneuses.

Les jumeaux d'acier
Les jumeaux d'acier
Rouillé, l'ancre à l'air
Rouillé, l'ancre à l'air
Zonguldak l'embrumé
Zonguldak l'embrumé


Safranbolu

Petite étape touristique sur ma route, le coeur de la vieille ville de Safranbolu, classé patrimoine mondial de l'UNESCO. Je m'y promène un dimanche matin à l'aube (piégé par le changement d'heure). Les rues sont désertes avant l'animation des élections locales qui ont lieu, comme en France, ce dimanche.

 

J'ai chaque petite ruelle pour moi seul, à mon plus grand bonheur. Contempler ces vieilles bâtisses sous tout les angles et se balader sur les pavés de la vieille ville me change des coups de pédale sur routes asphaltées.

 

Ces belles maisons anciennes ont un charme certain et contrastent avec les maisons des villages que je traverse où très souvent l'enduit sur les briques rouges et un surcoût qu'on ne peut s'offrir.

Balade du dimanche
Balade du dimanche
Accroché à la falaise
Accroché à la falaise
De bois et de pierre
De bois et de pierre


Kastamonu et une ferme ottomane

Kastamonu est au sommet de cette ascension de plus de 150km, à 1200m. En pente douce donc mais ça tire tout de mê sur les cuisses. J'y rencontre Mustafa, un notable local que j'ai contacté grâce à Tracy d'Istanbul (Voir article). Avec ses quelques mots d'anglais et google tranlate, Mustafa m'aide comme il peut et m'indique une ferme que je devrais visiter: Izbeli ciftligi.

La ferme est située dans les hauteurs aux environs de Kastamonu. J'y monte à vélo sans vraiment savoir ce qui m'attend. La surprise en est plus grande.

 

C'est une vieille dame aux grands sourirs et aux attentions bienveillantes qui m'accueille. Sabiha est la maîtresse de maison. La ferme est dans sa famille depuis le XVIIe siècle. Elle fait partie aujourd'hui des fermes ottomane les mieux préservées de Turquie. Et, parmis toutes les belles choses dont regorgent la ferme, l'une d'elle est sacrée et la plus importante d'entre toute: le petit-déjeuner!

 

Dès mon arrivée, Sabiha m'offre ce petit-déjeuner si réputé. Un plateau gargantuesque de toutes les confitures et fromages faits au sein de la ferme. Sabiha, à mon plus grand regret, ne peut me faire la conversation et c'est la toute jeune vétérinaire avec ses trois mots d'anglais qui s'y colle. Heureusement, Sabiha me tend un magazine en anglais où un article m'explique tout sur la ferme.

Petit déjeuner coin soleil
Petit déjeuner coin soleil
La bâtisse, datant du XVIIe
La bâtisse, datant du XVIIe
Juste à côté, la bergerie
Juste à côté, la bergerie

Rassasié, je pars explorer les alentours de la fermes. On y compte une bergerie faites de vieilles planches de bois où se refugient à l'ombre quelques moutons, une étable dont la vétérinaire m'assure qu'il y a 2000 vaches alors que j'en vois qu'une dizaine, des champs de céréales, des parcelles maraichères et bon nombre d'arbres fruitiers.

 

Chaque mets servi au petit-déjeuner est fabriqué à la ferme, à l'exception des olives qui viennent du sud. Lait, fromage, beurre, confiture et oeufs dur. Sabiha et ses deux fils cultivent les terres de la ferme en bio depuis le début des années 90. Serdar, l'aîné, y a constitué une banque de semences locales de fruits et légumes aujourd'hui reconnu dans toute la région. Son engagement écologique lui vaut aujourd'hui d'être député à Kastamonu.

 

Le corps de ferme et les bâtiments alentours ont conservé les matériaux traditionels de l'époque. Les vieilles tuiles et le bois sont entretenus et rénovés régulièrement. L'intérieur y est décoré de façon traditionnel et l'ensemble donne au lieu sa symbolique historique: le patrimoine des fermes ottomanes.

L'étable des milles vaches
L'étable des milles vaches
Bicoque peu ordinaire
Bicoque peu ordinaire
Sous le regard bienveillant des femmes par les fenêtres
Sous le regard bienveillant des femmes par les fenêtres

Cette parenthèse de quelques heures au sein de la ferme m'aura conquis. La poésie du lieu et la gentillesse de ses occupants offrent un calme reposant. Assis sur la balancelle, Sabiha se penche pour cueillir quelques petites fleurs et m'offrir ce si simple bouquet. De la part d'une vieille dame, je suis charmé :)

Belle - Kangal
Belle - Kangal
Labour sur les sommet
Labour sur les sommet
Le bouquet du vieille dame
Le bouquet du vieille dame


Dans les terres vers Samsun

Trève de bucolisme. Je suis de nouveau sur les routes. Tout en descente cette fois. J'observe dans les champs alentours principalement les femmes au travail. Courbées dans les champs à ensemencer et désherber. Les hommes eux préfèrent souvent être au volant de leur tracteur ou au café à boire du thé, qu'ils m'offrent volontier d'ailleur.

 

Dans les vallées, les milieux changent. Je passe des hauts alpages aux bois entretenus par les bucherons jusqu'aux carrières qui modèlent le paysage. Moulées à la sortie des ces trous à ciel ouvert, les briques s'empilent sous les auvents. Je trouve tout de même un petit coin pour camper.

 

La sortie de ces montagnes se fera par un dernier col à 1300m qui m'aura bien épuisé et scellera cette traversée en pays Kastamonu.

Agenouillée à l'ail
Agenouillée à l'ail
Montagnes russes en turc
Montagnes russes en turc
A scier, on éclaircit
A scier, on éclaircit


Rencontre sur une infrastructure routière

Enfin, cette première partie vers Samsun se termine sur le plat de la côte. Cependant je m'étonne de toutes ces infrastructures routières mises en oeuvre. Depuis mon entrée en Turquie j'ai du voir à peu près toutes les étapes de construction d'une 4 voies. Je crois que le gouvernement turc a bien compris le principe économique qui veut qu'engager de grands projets de construction boost l'économie.

 

Mais face à ce bétonnage et cet asphaltage, je reste perplexe. Bien sûr, à vélo, je suis ravi du plat qu'il procure. Mais, le contraste entre la beauté des montagnes, de la mer et cette grosse infrastructure me fait regretter ces petites routes bucoliques. Et je me demande vraiment si les petits villages des alentours en voient vraiment le profit. Ou si le tourisme, face à une certaine beauté sacrifiée, y trouve vraiment son compte.

 

Comble de la réflexion, une voiture s'arrête et je rencontre Kathi et Sandro ainsi que leur deux filles. Ce couple d'autrichien a fait un voyage similaire au miens en 2006. Il sont ici de retour pour un trajet nostalgique en voiture cette fois. Photo à l'appui, il me montre qu'en 8 ans, tout a changé, la nouvelle 4 voies n'existait pas. La beauté pastorale de ces petits village accrochés au flanc de la montagne plongeant sur la mer pouvait ainsi s'exprimer pleinement.

 

Heureusement, ils ont une bonne nouvelle pour moi, la route jusqu'à Trabzon que je redoutais tant est plutôt plate grâce aux nouvelles infrastructures...

 

 

... Coups de pédales à suivre...

Ancienne route, nouvelle infrastructure
Ancienne route, nouvelle infrastructure
En attendant la photo autrichienne
Sandro et ses deux petits nouveaux voyages
côte modelée
côte modelée


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Commentaires : 4
  • #1

    isa (samedi, 05 avril 2014 16:18)

    Superbe reportage romain, ça donne envie, je regarde les billets et je me mets au vélo ;)
    des fois j'aimerai vraiment faire comme toi, et de plus en plus souvent!
    Bon courage, et sache que tu n'es pas tout seul, nous on te regarde par écran interposé!
    biz

  • #2

    Claire (lundi, 07 avril 2014 07:53)

    Merci Romain pour ce bon moment que tu partages avec nous, un régal, tu me donnes envie d'y aller, mais pas en vélo... j'en suis sûre ! Garde courage, ton regard sur les régions que tu traverses est superbe et imagé pour nous qui sommes tranquillement (pour la plupart) assis au volant de notre voiture ou sur le siège "confortable" au bureau. Bien amicalement, Claire, Les Prés

  • #3

    Tracy Lord (lundi, 07 avril 2014 09:55)

    Grace a toi j'ai appris l'existence d'une autre banque de semences locale--merci!
    Tracy

  • #4

    Arnaud du Gaec des petits grains (samedi, 12 avril 2014 12:44)

    Nous te suivons toujours avec un oeil attentif.

    bon courage