Les châtaignes du Fresquet (Fiche)

Lors de mes deux précédents voyages estivaux à travers la France, les Cévennes ont toujours été une région magnifique à mes yeux. Je sais maintenant qu'en automne, elle le doit principalement aux châtaigniers par ses couleurs, du rouge orangé au jaune, pour seulement quelques semaines.

 

Récit de ces moments où le Fresquet révèle ces trésors: les châtaignes.

 


PREAMBULE

La châtaigneraie cévenole

En France, il y a principalement trois régions où les châtaigniers sont présents : l'Ardèche, la Corse et les Cévennes. C'est un patrimoine gigantesque, présent depuis des millénaires qui a marqué ces pays et les hommes qui y habitent. Il est omniprésent aux travers des cultures anciennes en terrasse, trace indélébile du passé et de l'histoire de ce pays. Il façonne le paysage et c'est cette beauté qui a toujours su m'émerveiller. La préface de l'ouvrage « Les trésors du châtaignier » décrit à merveille ce patrimoine exceptionnel :

 

« La châtaigneraie cévenole ancienne, environ 50 000 hectares, dont l'essentiel était en verger, n'était pas un espace naturel, elle résultait du travail opiniâtre de générations d'hommes, elle a été plantée, greffée, taillée, entretenue, sur un territoire préalablement construit de mains d'hommes, systématiquement équipé d'une multitude de murets et d'innombrables aménagements hydrauliques, destinés à retenir la terres et à maîtriser le ruissellement des eaux dévastatrices que déversent les violents précipitations d'équinoxes. Dans la lente et incessante confrontation entre l'homme et son site, ayant abouti à cette harmonie dont les Cévennes offrent l'ordonnance, le châtaignier a tenu un rôle majeur. Il s'impose immédiatement à l'observateur»

 

Les Cévennes
Les Cévennes
Vue avant d'arriver au Fresquet
Vue avant d'arriver au Fresquet
Vue depuis le Fresquet
Vue depuis le Fresquet

Le Fresquet

Le Fresquet fait partie, à son échelle, de ce patrimoine. J'ai découvert ce lieu et rencontré Christophe il y deux ans lors de mon premier voyage à vélo. Ce lieu illustre à merveille toute la richesse et les traces de ce passé cévenol. Il m'a tout de suite plu et je me le suis rapidement approprié au point d'y revenir pour cette période particulière : le moment des châtaignes.

 

Présent dans la famille de Christophe depuis plus de 25ans, le lieu retrace au travers ses terrasses, ses murets, ses systèmes hydrauliques et sa châtaigneraie toute une histoire à raconter. Christophe, installé définitivement sur le lieu depuis bientôt 5 ans, perpétue année après année les différentes activités qui font vivre cette région : maraîchage en terrasse, récolte et transformation de la châtaigne, entretien du bois et autres activités plaisantes. Je prends part pour deux semaines à ce cycle des saisons pour mon plus grand plaisir lors du ramassage des châtaignes. Description ci-dessous.

 

La châtaigneraie du Fresquet
La châtaigneraie du Fresquet
Le Fresquet
Le Fresquet
Les châtaigniers
Les châtaigniers


FICHE

Conscient du trésor que sont les châtaigniers et la châtaigne, l'une des premières choses que Christophe a fait à son arrivée est la taille des vieux châtaigniers greffés du Fresquet. Avec l'âge, les vieux châtaigniers ne donnaient plus beaucoup de châtaignes et il était temps de redonner un coup de neuf à la châtaigneraie.

 

Même si les premières années qui suivirent ne furent pas terribles pour la châtaigne. Chaque année, les nouveaux rameaux ont meilleure allure et donnent toujours plus de châtaignes. Cette année, plutôt exceptionnelle, c'est plus de 1 000 kilos qui ont été ramassés contre une centaine de kilos les premières années. C'est aujourd'hui un petit trésor qui procure au lieu une sécurité alimentaire pérenne.

 

1/ Le ramassage

A l'œil, les châtaignes sont partout. Mais quand on s'y penche c'est un peu plus ardu. Il y a d'abord les bogues que l'on ratisse car elles se font un malin plaisir à embrocher le moindre doigt qui s'y aventure. Puis il y a les vers qui ont commencé à en dévorer quelques unes, les châtaignes pourries et les malformées qu'il faut trier (heureusement au Fresquet, les châtaignes sont plutôt belles. Le tri n'en est que facilité). Mais surtout, il faut son temps. Les châtaignes se ramassent à la main une à une et quand on sait qu'une châtaigne pèse environ 12 g et qu'en une journée on en ramasse 70 kg chacun, ça fait un certain nombre !

 

On ramasse au Fresquet plusieurs variétés, toutes issues de châtaigniers greffés : les pellegrines, les figuarettes, les combals et les dauphines.

Les bogues ne facilitent pas le ramassage
Les bogues ne facilitent pas le ramassage
Après le ratissage, les trésors du châtaignier émergent
Après le ratissage, les trésors du châtaignier émergent
Puis un ramassage méticuleux
Puis un ramassage méticuleux

Les bogues
Les bogues
Pellegrine / Figarette / Combal / Dauphine et le marron d'Inde (qui n'est pas une châtaigne)
Pellegrine / Figarette / Combal / Dauphine et le marron d'Inde (qui n'est pas une châtaigne)

2/ Le séchage dans la cléde

A la mi-journée et en fin de journée, quand les sacs sont pleins, on transporte sur le dos les sacs de châtaignes à la clède. Les clédes sont présentes sur beaucoup de terasses dans les Cévennes. Petites bâtisses en pierre de deux étages, elles servent depuis des centaines d'années au séchage des châtaignes. Le Fresquet en compte trois. Une est en ruine, une a été reconverti en maison d'accueil où je loge et l'autre a gardé sa fonction première.

 

Cette clède permettra le temps de plusieurs semaines de sécher les châtaignes afin de mieux les conserver. On étale au premier étage les châtaignes et au rez-de-chaussez, le poêle est alimenté pour maintenir la chaleur de la clède et sécher les châtaignes. Il faut veiller à bien entretenir le feu dans le poêle et à remuer régulièrement les châtaignes pour bien qu'elles sèchent.

 

Un trésor à conserver
Un trésor à conserver
Les châtaignes étalées dans la cléde
Les châtaignes étalées dans la cléde
Le poêle alimenté chaque jour
Le poêle alimenté chaque jour

sur le dos, ça pèse son poids
sur le dos, ça pèse son poids
La cléde
La cléde

3/ A la sortie de la cléde

Malheureusement, je ne reste pas assez longtemps pour assister à cette étape. Pour autant, mes camarades du lieu m'ont révélé ce petit secret :

 

Il faut d'abord actionner le pisaïr (en occitan, dépiqueuse / décortiqueur) qui décortique la peau des châtaignes. Ensuite on active le ventaï qui fait du vent et chasse la peau. Les châtaignes sont enfin nues et sèches prêtes à être conservées, consommées ou transformées.

 

Ici en action, Christophe et Lionel qui se débattent avec les châtaignes en 2012.

 

Le pisaïr
Le pisaïr
Le ventaï
Le ventaï
Les peaux sont ensuite utilisées en paillage au pied des arbres fruitiers
Les peaux sont ensuite utilisées en paillage au pied des arbres fruitiers

4/ Transformation

De nos jours, la châtaigne et principalement connue sous la forme de crème (crème de marron) ou de confiture. Mais la châtaigne recèle des vertus beaucoup plus larges. Trop souvent considérée comme la nourriture du pauvre, elle a pourtant une valeur nutritive comparable à celle des céréales telles que le riz. Elle constitue l'aliment de base de toute population montagnarde. Au Fresquet, on la mange sous toutes les formes. A sucer, en poêlée, bouillie, en soupe, en tarte ou en gâteau grâce à sa farine et, paradoxalement, très peu en crème ou en confiture.

 

Nourri par ce trésor durant deux semaines, il faut avouer qu'elles sont délicieuses. Je suis conquis !

 

Sécher, à déguster sous la langue
Sécher, à déguster sous la langue
En farine pour les tartes et gâteaux
En farine pour les tartes et gâteaux
Poêlé (mes préférées)
Poêlé (mes préférées)
Le must, la bûche châtaigne/chocolat pour mon départ (miam!)
Le must, la bûche châtaigne/chocolat pour mon départ (miam!)


 

Les Cévennes ont toujours été pour moi une des plus belles régions que j'ai traversée (une des plus dures pour les mollets). Je repenserai, j'en suis sûr, souvent à ces châtaignes et les regretterai le soir autour d'un feu. Cependant, on m'a soufflé à l'oreille que je recroiserai leur chemin en Turquie, pays d'où vient la plupart des espèces cultivées dans nos régions...

 

Et vive les mois de novembre! Châtaigne et vin nouveau!

 


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Commentaires : 1
  • #1

    Shawi (jeudi, 11 mai 2017 16:48)

    Salut ! En cherchant cherchant et cherchant encore désespéramment le contact de Christophe, je suis tombé sur ton blog. J'ai fais un woofing l'été dernier au fresquet avec Christophe et Elia et je n'arrive plus à retrouver leur mail ou numéro. Je viens vers toi pour te demander si par hasard tu étais en capacité de m'aider ? Merci à toi par avance! bise