Eve au moulin

J-4 avant le grand départ du Cycle de la Terre. Cet été pour échauffer les mollets, faire durcir les cuisses, aérer son chapeau, rouler des mécaniques, j’ai gouté aux joies de la Grande pédalade. Direction Eve et sa bergerie.

 

Pour vous faire patienter avant le départ, court récit de cet échauffement estival.


Prélude cyclo

Trajet succinct
Trajet succinct

C’est une escadrille qui fonce à toute allure dans les courbes des gorges de la Méouge. 10 jours qu’ils sont partis depuis les Vosges, parcourant des centaines de kilomètres, en passant par le mythique sommet du Mont Ventoux!

 

Cette escadrille se dirige sur moi et je retrouve ainsi, au bord d’un torrent aux filles libérées, Barboun, Benjo, Perrin, Tudual et le Grand Maxime. Ces voltigeurs de la pédale,  capables de toutes les prouesses mains en bas, parcourent chaque année la France à vélo. C’est la Grande pédale, événement estival qui les réunit le temps de quelques semaines. Cette année, je me joins à cette joyeuse bande le temps des derniers jours.

 

Voyager en groupe, prendre la roue de gros costauds, discuter mains sur le guidon, voilà un exercice qui est nouveau pour moi, moi le baroudeur en solo que je suis, qui part pour le tour du monde, seul avec mon vélo. Ils sont agréables ces moments où chacun y trouve son rythme et participe à un effort collectif. Ils nous méneront au bord d’un cour d’eau sauvage (ou serait-ce un fleuve ?), autour d’un feu de joie riche en échange cyclo et sur une bâche le temps d’une nuit pour beaucoup d’amour ;) J’espère retrouver sur mon chemin au travers le monde ces mêmes sensations avec les amis qui me rejoindront le temps de quelques semaines, ou des amis de quelques jours trouvés sur le bord de la route.

 

Le col du Tourniquet est notre ultime effort avant l’arrivée chez Eve. Je mesure que la compétition n’est pas toujours très loin dans ces virages serrées. Mon âme de compétiteur se prend au jeu et monte au col tirant la bourre aux sportifs de mon niveau. Je mesure cependant qu’il en sera autrement durant mon périple et que je préfère en réalité savourer mon effort, prendre mon temps et arriver en haut à mon rythme, ultime réconfort pour moi d’un effort abouti.

 

Nous arrivons chez Eve. Je garderai en mémoire de bons souvenirs avec ces compagnons de quelques kilomètres. Qui sait, peut-être que j’en retrouverai sur mon chemin pour une pédalade du bout du monde.


Des brebis et du travail de force

Eve est installée dans le Pays gapençais, à la limite des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, logée au creux de deux ravins. Elle y a repris en avril dernier une bergerie en perdition, le Moulin du Taix. Et c’est sur 10 hectares de pâtures et de bouts de forêt qu’elle élève une centaine de brebis et deux boucs entêtés.

  

Le matin c’est la traite, debout 6h (hors période de vacances imposée par la bergère). 1 heures 30 où les brebis passent par petite faction offrir leur lait à leur fermière pour le grand plaisir des trois chiens dont le jeune Kepon. Les brebis offrent ainsi de 150 à 300L par an chacune et environ 20L par traite est collecté. Avec le précieux liquide collecté, Eve prépare fromage, faisselle et yaourt le reste de la journée. Pour une traite, c’est jusqu’à 20 fromages frais et 30 briques qu’Eve confectionne. De quoi nourrir l’escadrille affamée et vendre au marché tous les samedis matin les produits du Moulin.

 

Des brebis et des pommes
Des brebis et des pommes
la bergerie
la bergerie
Des hommes et des courges
Des hommes et des courges
la fromagerie
la fromagerie
Le Moulin du Taix
Le Moulin du Taix
pommes anciennes
pommes anciennes
L'attente pour la traite
L'attente pour la traite

Jeune trentenaire, Eve a passé le cap après plusieurs expériences. Elle s’est formée progressivement. D’abord au sein même de bergeries en bénévole. 6 mois par ci, 6 mois par là. Afin d’être sûr de son amour pour ce métier. Puis se lance à fond dans une formation de 9 mois et rachète une bergerie et ses pâtures. Tout ça est allé vite, pour son plus grand bonheur. En effet, il faut habituellement de 3 à 5 ans pour trouver une ferme. Eve a trouvé son bonheur avec ce lieu en moins d’un an. Ce n'est pourtant que le début, il reste encore à accomplir pour en vivre pleinement. Il faut en général 3 ans à un nouvel agriculteur pour se payer un SMIC. Eve espère que grâce aux brebis et au matériel déjà présent à son arrivée, les choses iront un peu plus vite.

 

Les villages des environs sont ravis de son arrivée et profite continuellement de ses fromages frais. Mais tout le temps passé dans la bergerie et dans la fromagerie est du temps où les arbres, les ronces et les piquets de clôture poussent et tombent. Heureusement, il y a l’Abbé et BenJ qui viennent lorsqu’ils sont libres lui donner un coup de main. Et le renfort de trois vosgiens, un breton bientôt chevronné et de grospecks en balades sont les bienvenus : places au travail de force !!!

 

 

Trois jours de bucheronnage, élagage, débroussailleuse, feu de forêt hautement maîtrisé, repiquetage, cloturage et de bières bien fraîches !! Il resterait encore beaucoup à faire mais ce coup de mâle fait du bien à la bergère ;) Les gars, je ne pourrai pas en être, mais rendez-vous l’été prochain !

Travail de force!
Travail de force!
Paix sur le potager
Paix sur le potager

Couché de fin de journée
Couché de fin de journée

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